
La Médina de Marrakech, ville ancienne aux sept visages
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture
Fondée par les Almoravides en 1070 et inscrite au patrimoine mondial, la médina de Marrakech réunit sept quartiers autour de Jemaa el-Fna, dans vingt kilomètres de remparts ocre.
La médina de Marrakech, c'est la ville ancienne tout entière : près de 600 hectares enclos dans des remparts de terre ocre, inscrits en 1985 au patrimoine mondial de l'UNESCO, avec les jardins de l'Agdal et de la Ménara. Loin d'être un musée, c'est une ville habitée, où l'on vit, travaille et commerce comme depuis près de mille ans.
Marrakech est fondée en 1070 par l'émir almoravide Abou Bakr ibn Omar, venu d'Aghmat, la première capitale de la dynastie. Au départ, la seule fortification de la ville est le Ksar el-Hajar, une citadelle élevée près de l'emplacement de l'actuelle Koutoubia. Le sultan Ali ben Youssef lui donne ensuite ses premiers grands monuments : une immense mosquée, dont il ne reste que la Qoubba almoravide, puis, en 1126-1127, un circuit complet de remparts.
Ces remparts, qui s'étirent aujourd'hui sur une vingtaine de kilomètres, sont bâtis en pisé, un mélange de terre et de chaux damé. Hauts de six à huit mètres et renforcés de tours carrées, ils doivent leur teinte ocre-rouge à la terre locale, d'où le surnom de « ville rouge ». Ils sont percés de portes monumentales, comme Bab Doukkala à l'ouest ou Bab Dbagh à l'est.
Des Almohades au XIXe siècle
En 1147, les Almohades prennent la ville. Ils élèvent la Koutoubia, dont le minaret devient le symbole de Marrakech. À la fin du XIIe siècle, ils bâtissent au sud une nouvelle cité royale, la Kasbah, dont l'entrée principale est la porte de Bab Agnaou, et aménagent les immenses jardins de l'Agdal. Avec les Mérinides, qui gouvernent depuis Fès, Marrakech perd son rang de capitale et décline ; la mosquée Ben Salah est l'un des rares témoins de cette époque.
La ville renaît au XVIe siècle avec les Saadiens, qui en refont leur capitale. Ils créent le Mellah, le quartier juif, en 1558, puis organisent de nouveaux quartiers autour de grandes mosquées, à Mouassine et à Bab Doukkala. On leur doit aussi la medersa Ben Youssef, le palais El Badi et les Tombeaux saadiens. Les Alaouites prennent le relais : Moulay Ismaïl institue le pèlerinage des Sept Saints, et Mohammed ben Abdallah repousse les remparts vers le nord pour englober le quartier de Sidi Bel Abbès. Au XIXe siècle, vizirs et notables y bâtissent de somptueuses demeures, comme le palais de la Bahia.
La place Jemaa el-Fna
Au cœur de la médina s'étend la place Jemaa el-Fna. C'était à l'origine un espace de marché, à l'est de la citadelle almoravide. Son nom signifierait « la mosquée de l'anéantissement », en souvenir d'une mosquée commencée à la fin du XVIe siècle et jamais achevée. Lieu d'exécutions publiques par le passé, elle accueille aujourd'hui conteurs, musiciens, charmeurs de serpents et marchands, du matin jusque tard dans la nuit. Au nord de la place commencent les souks, qui s'étendent jusqu'à la mosquée Ben Youssef.

Les sept quartiers
La médina se compose de sept quartiers aux visages très différents.

Semmarine et Mouassine : le cœur marchand et ses souks spécialisés par métier.
Ben Youssef : le berceau monumental et intellectuel de la ville.
La Kasbah et le Mellah : les quartiers du pouvoir et de la mémoire.
Bab Dbagh et Bab Aylane : le quartier des tanneurs et de Cadi Ayyad.
Bab Taghzout et la Zaouia El Abbassia : le quartier né autour du tombeau de Sidi Bel Abbès.
Bab Doukkala : la grande porte de l'ouest.
Ben Salah et Derb Dabachi : un quartier résidentiel discret.
Le tissu de la médina
Le tissu de la médina a aussi ses formes propres. Les maisons traditionnelles sont tournées vers l'intérieur, autour d'une cour ou d'un jardin, le riad, souvent planté d'orangers ou de citronniers ; beaucoup sont aujourd'hui devenues des maisons d'hôtes. Les fondouks, ces anciennes auberges de marchands organisées autour d'une cour, abritent encore souvent des ateliers d'artisans. On en comptait 96 à la fin des années 2010, contre 132 en 1972.
La médina reste fragile. Le séisme de septembre 2023 a endommagé plusieurs monuments et provoqué l'effondrement de portions de remparts, rappelant que ce patrimoine de terre exige un entretien constant. Elle demeure pourtant le cœur vivant de Marrakech, où se mêlent vie quotidienne, artisanat, commerce et monuments.
La médina de Marrakech rassemble sept quartiers aux visages différents, et son patrimoine de terre exige un entretien constant. On poursuit avec la page de la médina.
Poursuivre l’exploration
Prolongez votre lecture sur le terrain : découvrez les lieux évoqués dans ce récit, ou parcourez les autres quartiers, souks et monuments de Marrakech.
À lire aussi

Comment les Almoravides et les Almohades ont façonné Marrakech
Fondée par les Almoravides puis transformée en capitale impériale par les Almohades, Marrakech conserve dans ses remparts, ses réseaux d'eau, la Qoubba almoravide et la Koutoubia les traces de deux dynasties qui ont durablement défini son identité.
25 août 2026 · 20 min de lecture

Les mains qui façonnent Marrakech : histoire des souks
Depuis près de mille ans, les souks de Marrakech tissent le quotidien de la médina. Voici leur histoire, quartier par quartier, métier par métier.
25 août 2026 · 3 min de lecture
Aghmat, la première capitale des Almoravides
Ville marchande du sud marocain et première capitale des Almoravides, Aghmat vit partir ceux qui fondèrent Marrakech en 1070 ; les fouilles y ont révélé un hammam, un palais et une grande mosquée, près du tombeau du roi-poète al-Mutamid de Séville.
4 octobre 2026 · 3 min de lecture

