Le minaret de la Koutoubia au bout d'une large esplanade bordée de palmiers.
Le minaret de la Koutoubia au bout d'une large esplanade bordée de palmier — Photo : SoukMarrakech

Koutoubia, le repère spirituel de Marrakech

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture

Fondée par le calife almohade Abd al-Moumen après la prise de Marrakech en 1147, la Koutoubia est la plus grande mosquée de la ville ; son minaret de 77 mètres, modèle de la Giralda de Séville, reste le grand repère de Marrakech.

Visible de toute la médina, le minaret de la Koutoubia est le grand symbole de Marrakech. Plus grande mosquée de la ville, elle se dresse à environ deux cents mètres à l'ouest de la place Jemaa el-Fna, entourée de vastes jardins. Son nom vient du mot arabe désignant les libraires : on raconte qu'une centaine de marchands de livres travaillaient autrefois dans les rues à ses pieds.

Les origines

Son histoire commence avec la conquête almohade. En 1147, le calife Abd al-Moumen s'empare de Marrakech, capitale de ses rivaux almoravides, qu'il considère comme hérétiques. Les Almohades délaissent les mosquées almoravides, au premier rang desquelles la grande mosquée Ben Youssef, en leur reprochant une mauvaise orientation vers La Mecque. Abd al-Moumen fait alors bâtir une nouvelle mosquée contre l'ancienne forteresse almoravide, le Ksar el-Hajar, sur l'emplacement du palais d'Ali ben Youssef.

Peu après, il fait construire une seconde mosquée, accolée à la première, presque identique mais orientée légèrement plus au sud. Les raisons de ce choix restent débattues : correction de l'orientation, besoin de place pour une population croissante, ou volonté de prestige. C'est cette seconde mosquée, bâtie vers 1158, qui est parvenue jusqu'à nous. Les fondations de la première, mises au jour par des fouilles à partir de 1923, sont toujours visibles sur l'esplanade, au nord-ouest de l'édifice actuel. Ces fouilles ont même confirmé l'existence d'un mécanisme décrit par les chroniqueurs : la clôture de bois qui isolait le calife pendant la prière surgissait du sol comme d'elle-même, puis s'y retirait à son départ.

La mosquée et son minaret

La mosquée suit un plan en « T », avec une nef centrale et une nef longeant le mur de prière plus larges que les autres. Ce modèle fixera durablement la forme des mosquées marocaines. Sa salle de prière compte dix-sept nefs, séparées par plus d'une centaine de piliers. Le mihrab, dans la lignée de celui de la grande mosquée de Cordoue, est encadré de chapiteaux de marbre venus d'al-Andalus. Pendant des siècles, la mosquée a abrité un chef-d'œuvre de l'art islamique : le minbar commandé à Cordoue en 1137 par le sultan almoravide Ali ben Youssef, et récupéré par les Almohades. Il est exposé depuis 1962 au palais El Badi.

Le minaret de la Koutoubia, tour carrée aux façades rouges surmontée d'un lanternon vert, au-dessus d'un mur bas.
Koutoubia, 1925. Diapositive colorisée à la main par Margrit Wehrli-Frey. Photo : Leo Wehrli, ETH-Bibliothek, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le minaret, haut d'environ 77 mètres jusqu'à la pointe de sa flèche, repose sur une base carrée de près de 12,8 mètres de côté. Sa date exacte reste discutée : il a sans doute été commencé sous Abd al-Moumen, et achevé ou couronné de son lanternon vers 1195 par son petit-fils Yacoub al-Mansour. Construit en moellons de grès, longtemps recouvert d'un enduit rose retiré lors de la restauration des années 1990, il présente sur chaque face une composition différente d'arcs entrecroisés. Près du sommet, une bande de céramique blanche et verte est considérée comme le plus ancien exemple daté de zellige au Maroc. À l'intérieur, une large rampe permettait au muezzin de monter jusqu'en haut à cheval. Le minaret est coiffé de trois boules de cuivre : une légende tenace les dit en or, mais elle concernait à l'origine le minaret de la mosquée de la Kasbah. La Koutoubia a servi de modèle à la Giralda de Séville et à la tour Hassan de Rabat. Un règlement interdit encore aujourd'hui toute construction plus haute qu'un palmier dans ses environs.

Minaret de la Koutoubia éclairé de nuit, à Marrakech.
Le minaret de la Koutoubia éclairé de nuit. Photo : SoukMarrakech.

Autour de la mosquée

Autour de la mosquée, l'esplanade réunit plusieurs témoins de l'histoire de la ville : les vestiges de la première mosquée et du palais almoravide, et la petite koubba blanche de Lalla Zohra, une mystique du début du XVIIe siècle. De l'autre côté de l'avenue repose l'émir almoravide Youssef ibn Tachfine, dans un tombeau très simple. Le minaret a aussi inspiré Winston Churchill, qui l'a peint en 1943.

La mosquée Koutoubia vue de face : minaret carré dominant des bâtiments blancs aux toits de tuiles, sur un terrain nu.
Vue générale de la grande mosquée Koutoubiya, 18 juin 1926. Photo : Georges Chevalier, musée Albert-Kahn (Département des Hauts-de-Seine), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La mosquée aujourd'hui

Touchée par le séisme de septembre 2023, qui a fissuré son minaret, la mosquée a rouvert en mars 2024 après travaux. Elle reste un lieu de culte actif, réservé aux musulmans, mais ses jardins et son esplanade se visitent librement. Pour voir de près une mosquée almohade du même modèle, on peut se rendre à Tinmel, dans le Haut Atlas. À Marrakech, son plan se retrouve dans les grandes mosquées saadiennes, comme la mosquée Mouassine.

La Koutoubia, dont le minaret est le grand symbole de Marrakech, a rouvert après le séisme et reste un lieu de culte actif, réservé aux musulmans. Pour préparer la visite, on peut consulter la fiche de la Koutoubia.

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