Mosquée Mouassine et sa grande fontaine saadienne

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Bâtie entre 1562 et 1573 par le sultan saadien Abdallah al-Ghalib sur l'ancien quartier juif, la mosquée Mouassine est le cœur d'un complexe religieux et charitable inédit au Maroc, célèbre pour sa fontaine publique aux consoles de cèdre du XVIe siècle.

Au cœur du quartier auquel elle a donné son nom, la mosquée Mouassine est l'un des grands édifices religieux de l'époque saadienne. Elle forme le centre d'un vaste complexe qui comprend aussi l'une des plus belles fontaines publiques de Marrakech.

Origines de la mosquée

Son histoire commence par un bouleversement urbain. En 1557-1558, le sultan saadien Abdallah al-Ghalib ordonne à la population juive de la ville de s'installer dans un nouveau quartier, le Mellah, près de la Kasbah. Le secteur de Mouassine, qui abritait une importante communauté juive, se trouve alors libéré et ouvert à de nouveaux aménagements. La mosquée y est construite entre 1562-1563 et 1572-1573, sur l'emplacement d'un ancien cimetière juif. Avec la mosquée de Bab Doukkala, commencée un peu plus tôt, elle s'inscrit dans un grand projet de rénovation urbaine visant à créer des quartiers « modèles ».

L'origine du nom reste discutée. La tradition l'attribue à une famille de chérifs installée dans le quartier, ce qui expliquerait l'autre nom de l'édifice, Jamaa al-Achraf (« mosquée des Chérifs »). L'historien Gaston Deverdun n'a toutefois trouvé aucune trace de cette famille, et suggère que le nom viendrait plutôt des couteliers qui occupaient autrefois la rue principale.

La mosquée était le cœur d'un ensemble religieux et civique alors sans précédent au Maroc : une medersa (aujourd'hui disparue, qui comptait 28 chambres), une bibliothèque, une école coranique pour les enfants, un hammam, une maison des ablutions, un abreuvoir et une fontaine publique. Deverdun voyait dans ce modèle une influence de l'Égypte mamelouke, transmise par les pèlerins revenus de La Mecque via Le Caire. Une étude plus récente privilégie plutôt l'héritage des complexes religieux de Fès et de Tlemcen.

L'architecture de la mosquée

La mosquée reprend le plan de la Koutoubia, qui a fixé le modèle des mosquées marocaines, mais avec une cour plus vaste, presque aussi grande que la salle de prière. Le mihrab est encadré de huit colonnes de marbre sculpté et surmonté d'une coupole de muqarnas, et le minbar de cèdre et d'ébène, incrusté d'ivoire ou d'os, s'inspire de celui de la mosquée de la Kasbah. Le minaret surprend par sa simplicité : haut de 19,2 mètres seulement, il est resté inachevé. Selon la tradition, un vizir voisin se serait opposé à sa construction, craignant qu'on puisse voir depuis son sommet l'intérieur de sa demeure. L'école coranique, toujours conservée à l'étage, garde un beau décor de stuc saadien et deux colonnes de marbre sombre aux chapiteaux sculptés de pommes de pin.

La fontaine Mouassine

La fontaine Mouassine fait face à la rue, au nord de la maison des ablutions, dont elle partage le réseau d'eau. Elle occupe un rectangle d'environ 18 mètres sur 4,7, divisé en quatre arcades : les trois premières abritaient un abreuvoir pour les animaux, la quatrième une fontaine pour les habitants, protégée par une barre de bois qui en interdisait l'accès aux bêtes de somme. Cette dernière arcade est richement décorée. Ses consoles de cèdre, sculptées de palmettes et de pommes de pin, et son linteau datent du XVIe siècle. Le linteau porte une inscription calligraphiée qui se traduit à peu près par : « Les plus belles paroles prononcées : louange à Dieu en toutes circonstances. » On retrouve ce même verset sur la fontaine de Bab Doukkala et sur la fontaine Chrob ou Chouf. La fontaine a été largement rénovée vers 1867, sous le règne de Mohammed IV, d'où ses éléments de plâtre et ses peintures. Elle témoigne d'une tradition ancienne dans le monde islamique, où offrir l'eau aux passants est un acte de charité essentiel.

À quelques pas, le Jardin Secret occupe l'emplacement d'un palais saadien bâti à la même époque, dans le même élan d'urbanisation du quartier.

La mosquée Mouassine, née d'un grand projet de rénovation urbaine, reprend le plan de la Koutoubia et s'accompagne d'une fontaine à quatre arcades. Pour aller plus loin, la fiche de la mosquée Mouassine rassemble l'essentiel sur le lieu.

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