Jardin Secret, le palais oublié du quartier Mouassine

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Palais saadien détruit au XVIIe siècle, reconstruit au XIXe par un puissant caïd puis oublié, le Jardin Secret a rouvert en 2016 au cœur du quartier Mouassine, avec un jardin islamique et un jardin exotique dessinés par le paysagiste Tom Stuart-Smith.

Derrière de hauts murs sans fenêtres, au cœur du quartier Mouassine, se cache l'un des plus grands et des plus anciens riads de la médina de Marrakech. Longtemps fermé et oublié, le Jardin Secret a ouvert ses portes au public pour la première fois le 15 octobre 2016, au terme d'un long chantier de restauration.

Histoire du lieu

Son histoire commence dans la seconde moitié du XVIe siècle, lorsque le sultan saadien Moulay Abdallah al-Ghalib entreprend d'urbaniser ce qui deviendra le quartier Mouassine, à l'époque même où il fait construire la mosquée et la fontaine voisines. Un palais s'élève alors sur ce terrain. Comme bien des grands édifices de Marrakech, il est détruit à la fin du XVIIe siècle, après le déclin de la dynastie saadienne.

Vers le milieu du XIXe siècle, le terrain passe aux mains du caïd al-Hajj Abdallah U-Bihi, un influent caïd de l'Atlas. Celui-ci y fait bâtir un nouveau palais en respectant fidèlement le plan de l'ensemble saadien. Marrakech connaît alors une période de prospérité propice à la création de jardins et de riches demeures. Mais le caïd, que le sultan Mohammed IV soupçonne d'intrigues politiques, meurt peu après, empoisonné par un verre de thé. La propriété revient ensuite au cadi Moulay Mustapha, grand juge proche de la famille régnante.

En 1912, le cadi échange le palais contre une demeure de Fès appartenant à al-Hajj Mohammed Loukrissi. Ancien chef de la corporation des horlogers de Marrakech, celui-ci était devenu en 1908 le chambellan du sultan Moulay Abd al-Hafiz. Lorsque le sultan quitte le pouvoir et part en exil la même année, Loukrissi s'installe dans le palais, où il vit jusqu'à sa mort en 1934. La demeure cesse ensuite d'être entretenue et se dégrade peu à peu.

La restauration

Le projet de restauration prend forme en 2008, porté par l'entrepreneur italien Lauro Milan. Les travaux révèlent plusieurs couches d'histoire : sous le jardin du XIXe siècle, le paysagiste britannique Tom Stuart-Smith et son équipe découvrent les traces d'un jardin saadien du XVIe siècle, et identifient une séparation ancienne entre deux jardins ainsi que l'emplacement d'un bâtiment disparu. L'inauguration de 2016 réunit notamment le wali de la région, le président de la Fondation nationale des musées et celui de l'Institut du monde arabe.

Les deux jardins

Le Jardin Secret se compose de deux ensembles distincts, chacun conçu comme un riad : un plan rectangulaire, entouré de hauts murs aveugles, organisé autour d'un vaste jardin, avec une source en son cœur. Dans leur forme actuelle, les deux jardins ont été dessinés par Tom Stuart-Smith. Le jardin islamique est un lieu sacré tracé selon des règles géométriques rigoureuses, dans la tradition des jardins arabo-musulmans et andalous. Le jardin exotique, plus libre et plus contemporain, rassemble des plantes originaires des cinq continents. Les bâtiments font un large usage du tadelakt, cet enduit traditionnel lissé à la pierre, appliqué sur des murs de brique et de pisé.

Le Jardin Secret se visite naturellement avec ses voisins : la mosquée Mouassine et sa grande fontaine, bâties par le même sultan, puis le palais de Dar El Bacha, à quelques minutes de marche. Entre les souks animés et ces hauts lieux du patrimoine, il offre l'une des haltes les plus paisibles de la médina.

Le Jardin Secret associe deux jardins conçus comme des riads, l'un islamique et l'autre exotique, sur l'emplacement d'un palais saadien. Pour aller plus loin, la fiche du Jardin Secret rassemble l'essentiel sur le lieu.

Poursuivre l’exploration

Prolongez votre lecture sur le terrain : découvrez les lieux évoqués dans ce récit, ou parcourez les autres quartiers, souks et monuments de Marrakech.

Lieu lié

Articles récents

Zaouïa de Tameslouht

Tameslouht, la zaouïa qui fit revivre un village

Fondée au XVIe siècle par Moulay Abdallah Ben Hssain, disciple du saint al-Ghazouani, la zaouïa de Tameslouht a fait de ce village proche de Marrakech un grand centre soufi, rythmé par son moussem annuel autour du mausolée du fondateur.

4 octobre 2026 · 3 min de lecture

Site archéologique d'Aghmat

Aghmat, la première capitale des Almoravides

Ville marchande du sud marocain et première capitale des Almoravides, Aghmat vit partir ceux qui fondèrent Marrakech en 1070 ; les fouilles y ont révélé un hammam, un palais et une grande mosquée, près du tombeau du roi-poète al-Mutamid de Séville.

4 octobre 2026 · 3 min de lecture