Galerie à colonnes de bois sculpté et de zellige le long d'une cour plantée d'orangers, à Dar El Bacha.
Galerie à colonnes de bois sculpté et de zellige le long d'une cour plantée d'orangers, à Dar El Bacha — Photo : SoukMarrakech

Dar El Bacha, le palais aux mille vies

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Bâti en 1910, Dar El Bacha fut la résidence de Thami El Glaoui, pacha de Marrakech de 1912 à 1956, qui y reçut Churchill, Colette ou Chaplin. Une partie du palais abrite depuis 2017 le Musée des Confluences, autour d'un jardin intérieur planté d'orangers.

À l'ouest de la médina, dans le quartier qui porte aujourd'hui son nom, Dar El Bacha (« la maison du pacha ») fut la demeure de l'homme le plus puissant du sud marocain durant la première moitié du XXe siècle. Bâti en 1910, le palais conçu pour impressionner abrite aujourd'hui un musée, mais il garde la mémoire de son maître.

Thami El Glaoui

Ce maître, c'est Thami El Glaoui. Originaire de Télouet, dans le Haut Atlas, il prend la tête de la tribu des Glaoua à la mort de son frère aîné, Madani El Glaoui, celui-là même qui s'était installé en 1908 au palais de la Bahia. En 1912, le sultan Moulay Youssef le nomme pacha de Marrakech, une fonction qu'il conserve jusqu'en 1956. Allié du protectorat français, il devient pendant des décennies la figure politique dominante du sud du pays.

Portrait d'un homme assis en costume, devant un fond uni.
Thami El Glaoui, pacha de Marrakech, 28 septembre 1927. Image recadrée, couleurs corrigées. Photo : Georges Chevalier, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Dar El Bacha est à la mesure de cette puissance. Le pacha le fait aménager avec faste pour éblouir ses visiteurs. Aux traditions marocaines s'ajoutent des influences européennes, et c'est l'un des premiers palais de Marrakech à afficher un décor ostentatoire jusque sur ses façades extérieures. Des photographies des années 1920 montrent les habitants faisant la queue devant la porte pour être reçus par le pacha. Les invités de marque s'y succèdent : l'écrivaine Colette, le compositeur Maurice Ravel, Charlie Chaplin, Joséphine Baker ou encore Winston Churchill.

Vue aérienne en noir et blanc de toits-terrasses, avec un bâtiment à toit pyramidal près d'un jardin planté d'arbres.
Dar El Bacha, entre 1930 et 1931. Photo : Walter Mittelholzer, ETH-Bibliothek, domaine public, via Wikimedia Commons.

La fin de règne

La fin de règne est plus sombre. En 1953, Thami El Glaoui prend la tête du mouvement de caïds et de notables qui conduit à la déposition et à l'exil du sultan Mohammed V. Mais le vent tourne : le 25 octobre 1955, il annonce accepter le retour du souverain et l'indépendance du Maroc. Il meurt à Marrakech en janvier 1956, quelques semaines avant la fin officielle du protectorat.

La partie ouverte au public

La partie du palais ouverte au public s'organise autour d'une cour rectangulaire occupée par un grand jardin intérieur, divisé en quatre parterres symétriques et planté d'orangers autour de fontaines. Sur chaque côté s'ouvre un salon précédé d'un portique aux colonnes ornées. Le reste du palais comprenait un hammam, une aile de service et les appartements privés de la famille. La restauration a conservé l'essentiel du décor d'origine : zelliges couvrant sols et murs, stucs finement sculptés, portes et plafonds de cèdre sculpté et peint.

Plafond de bois sculpté et peint au-dessus d'une alcôve, entouré de stuc ciselé, à Dar El Bacha.
Plafond de bois sculpté et peint au-dessus d'une alcôve, entouré de stuc ciselé. Photo : SoukMarrakech.

Le Musée des Confluences

Restaurée par la Fondation nationale des musées, cette partie du palais est inaugurée par le roi Mohammed VI le 9 juillet 2017 sous le nom de Musée des Confluences. Ses salles, disposées autour de la cour, accueillent des expositions temporaires consacrées aux différentes facettes de la culture marocaine et à des objets d'art venus d'autres régions du monde. En 2018, l'une d'elles réunissait par exemple des objets de culte des trois religions monothéistes. Dans l'un des salons d'époque, un café perpétue l'art de recevoir qui fit la réputation de la maison. Endommagé par le séisme de septembre 2023, le palais a dû fermer temporairement pour travaux.

Dar El Bacha prolonge naturellement la visite des grandes demeures de Marrakech. Le palais de la Bahia raconte l'époque des grands vizirs, que les frères Glaoui ont ensuite supplantés. Quant au Musée de Marrakech, installé dans l'ancien palais du vizir Mnebhi, il fut lui aussi un temps saisi par la famille du pacha.

Dar El Bacha, demeure de Thami El Glaoui devenue musée, a conservé l'essentiel de son décor d'origine. Pour préparer la visite, on peut consulter la fiche de Dar El Bacha.

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