
Les tanneries de Bab Dbagh, mémoire vivante du cuir de Marrakech
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · Mis à jour le · 3 min de lecture
Juste à l'intérieur de Bab Dbagh, la « porte des Tanneurs », le quartier des tanneries perpétue l'un des plus anciens métiers de Marrakech.
À l'est de la médina, juste à l'intérieur de Bab Dbagh (aussi écrit Bab Debbagh), s'étend le quartier des tanneurs, l'un des plus anciens de Marrakech. Son nom le dit : dbagh signifie « tanneur », et Bab Dbagh est la seule des portes médiévales de la ville à porter le nom d'un métier. Elle appartient à l'enceinte élevée vers 1126 par l'émir almoravide Ali ben Youssef, et les tanneries sont présentes à cet emplacement depuis cette époque.
Le choix du lieu
Le choix du lieu n'a rien d'un hasard. Le travail des peaux produit des odeurs et des déchets, et il réclame beaucoup d'eau. Les tanneurs se sont donc installés en bordure orientale de la ville, près de l'oued Issil et des canaux qui acheminaient l'eau. Le cuir comptait alors parmi les grands produits d'exportation de Marrakech, aux côtés de la céramique et du sucre. La ville a même laissé son nom au maroquin : le mot dérive de « Maroc », lui-même issu du nom de Marrakech.
Marrakech a connu un second quartier de tanneurs, à Riad Laarous, dans le nord-est de la médina, probablement développé à l'époque saadienne. Encore visible sur des photographies aériennes de 1917 et de 1930, il a presque entièrement disparu dans les années 1960 sous la pression de l'urbanisation. Bab Dbagh, le plus ancien et le plus important, est le seul à avoir traversé les siècles.
Les étapes du tannage
Le savoir-faire suit toujours une chaîne d'opérations bien établie. Les peaux de vache, de chèvre ou de mouton sont d'abord débarrassées de leurs poils, puis trempées dans un bain à base de fiente de pigeon : riche en ammoniac, elle assouplit la peau avant le tannage. Vient ensuite le tannage végétal proprement dit, à base d'écorce de chêne-liège et de son de blé. Autrefois, la matière tannante était broyée dans des moulins à meule tournés par une mule, et ce sont les femmes des familles de tanneurs qui en préparaient les ingrédients. L'un de ces moulins a fonctionné jusqu'en 1994.

Les pigeons tenaient une place si importante que des jarres en céramique, intégrées dans les murs d'un ancien moulin, leur servaient vraisemblablement de nids. Les tanneurs entretenaient aussi des liens étroits avec leurs voisins potiers : ceux-ci alimentaient leurs fours avec les déchets des tanneries, tandis que les tanneurs utilisaient des tessons de céramique pour racler les peaux. Le quartier des potiers, d'abord installé juste au nord des tanneries, fut ensuite déplacé hors des remparts.
Dans les années 1960, l'ethnologue Danièle Jemma-Gouzon consacra une étude pionnière aux tanneurs de Marrakech, aboutissant à sa thèse de 1969. Elle y montrait que le tannage était perçu comme une véritable « résurrection » de la peau, et que le métier s'entourait de croyances liées à l'eau et à la fertilité. Dans son prolongement, le projet de recherche international dbāgh associe aujourd'hui archéologie et anthropologie pour documenter le quartier avant que ses dernières traces anciennes ne disparaissent.
Un quartier qui change
Car le quartier change. La plupart des tanneries ont été rénovées en béton, et leur nombre a diminué de moitié depuis les années 1960. Le coût des matières premières et celui de l'eau, devenue rare avec les sécheresses, poussent de nombreux jeunes à quitter le métier. L'essor du tourisme à Marrakech a pourtant ouvert un nouveau débouché : les tanneries qui subsistent se sont adaptées à cette clientèle venue du monde entier, curieuse de voir de près un savoir-faire séculaire. Les ateliers restent ainsi des lieux de vie, où l'on se retrouve autour d'un thé, et c'est toujours ici que se prépare le cuir qui alimente les maroquiniers des souks.
Les tanneries de Bab Dbagh perpétuent une chaîne d'opérations bien établie, tout en s'adaptant à un quartier qui change. La fiche des tanneries de Bab Dbagh permet de situer le lieu avant d'y aller.
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