Bab Dbagh, la porte des tanneurs
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture
Seule porte de Marrakech nommée d'après un métier, Bab Dbagh, la « porte des Tanneurs », possède le tracé le plus complexe de l'enceinte : un passage qui tourne cinq fois, hérité d'une porte almoravide agrandie par les Almohades.
Sur le rempart oriental de la médina, Bab Dbagh est la plus septentrionale des deux portes est de la ville. Elle est aussi la seule à porter le nom d'un métier : dbagh, ou debbagh, signifie « tanneur », en référence aux tanneries installées juste derrière ses murs depuis l'époque almoravide.
L'enceinte almoravide
Comme la plupart des grandes portes de Marrakech, Bab Dbagh remonte à l'enceinte almoravide. En 1126, l'émir Ali ben Youssef décide d'entourer la ville d'un circuit complet de murailles, achevé au début de 1127. La menace grandissante des Almohades explique sans doute cette décision. Les murs sont bâtis en pisé, un mélange de terre et de chaux damé entre des coffrages de bois, dont les rangées de petits trous se voient encore sur les façades. Hauts de six à huit mètres, ils sont renforcés tous les 25 à 30 mètres par des tours carrées.
Le plan de la porte
Ce qui rend Bab Dbagh unique, c'est son plan. C'est la porte au tracé le plus complexe de toute l'enceinte : son passage tourne cinq fois sur lui-même, selon un parcours presque en forme de S, à travers deux cours à ciel ouvert et une salle couverte. Ces passages coudés, fréquents dans les portes médiévales, servaient à ralentir et à exposer quiconque tentait de forcer l'entrée.
Ce plan est le fruit de plusieurs époques. Selon les historiens, seule la salle voûtée centrale remonte à la porte almoravide d'origine, qui ne comportait alors qu'un seul coude. Ce sont les Almohades qui ont ajouté les cours intérieure et extérieure, transformant une entrée simple en véritable labyrinthe. Un escalier, dans l'angle sud-est, permet d'accéder au toit de la porte.
Bab Aylane
Un peu plus au sud, sur le même rempart, s'ouvre l'autre porte orientale, Bab Aylane. Elle porte le nom des Aylan, ou Haylana, une tribu berbère de la confédération des Masmouda. C'est là qu'en 1130, lors de la bataille d'al-Buhayra, les Almoravides repoussèrent un assaut des Almohades contre la ville. Elle aussi a vu son passage coudé d'origine complété plus tard d'un second coude.
L'entretien des remparts
Comme le reste des remparts, Bab Dbagh demande un entretien constant, car le pisé s'érode sous l'effet de la pluie. Certains tronçons de muraille semblent neufs à force de restaurations, tandis que d'autres s'effritent. En septembre 2023, le séisme qui a frappé la région a d'ailleurs provoqué l'effondrement de plusieurs portions des remparts de la ville.
Franchir Bab Dbagh, c'est entrer dans le quartier de Bab Dbagh et Bab Aylane, l'un des plus anciens et des plus laborieux de Marrakech. Les tanneries se trouvent à quelques pas, et le sanctuaire de Cadi Ayyad, l'un des Sept Saints, un peu plus au sud, près de Bab Aylane.
Bab Dbagh est la porte au tracé le plus complexe de l'enceinte almoravide, et ses remparts demandent un entretien constant. La fiche de Bab Dbagh permet de situer le lieu avant d'y aller.
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