
Palais de la Bahia, la brillante de Marrakech
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture
Commencé dans les années 1860 par le grand vizir Si Moussa puis agrandi par son fils Ba Ahmed jusqu'en 1900, le palais de la Bahia déploie 150 pièces, cours et riads au nord du Mellah — l'un des sites patrimoniaux les plus visités du Maroc.
Derrière une porte discrète, au nord du Mellah, s'ouvre l'un des plus beaux témoignages de l'architecture marocaine du XIXe siècle : le palais de la Bahia, dont le nom signifie « la Brillante ». Malgré sa splendeur, ce ne fut jamais un palais de sultan, mais la demeure de deux grands vizirs, un père et son fils, qui l'agrandirent pendant plus de trente ans.
Si Moussa et Ba Ahmed
L'histoire commence avec Si Moussa, issu d'une famille d'esclaves au service du makhzen, le gouvernement royal, qui accéda aux plus hautes fonctions de l'État : chambellan, puis grand vizir sous le sultan Mohammed ben Abderrahmane (1859-1873). Il fait bâtir sa résidence dans les années 1860. Le Grand Riad, au nord du palais actuel, remonte à cette époque : les deux grands salons qui le bordent portent une inscription datée de 1866-1867.
Son fils Ahmed ben Moussa, dit Ba Ahmed, est chambellan du sultan Hassan Ier. À la mort de celui-ci en 1894, il assure l'accession au trône du jeune Abdelaziz, encore adolescent, et devient grand vizir. Il gouverne alors le Maroc de fait jusqu'à sa propre mort, en 1900. Pendant ces six années, il agrandit sans relâche la demeure paternelle, en rachetant les terrains voisins à mesure qu'ils se libèrent. C'est ce qui explique le plan labyrinthique du palais, dépourvu de dessin d'ensemble. Les travaux sont confiés à l'architecte Si Mohammed El Mekki. Selon la tradition, le nom de Bahia serait celui de l'épouse favorite de Ba Ahmed. Tout le palais est construit de plain-pied, peut-être parce que le vizir, de forte corpulence, supportait mal les escaliers.
Le plan du palais
Le palais compte environ 150 pièces sur près de deux hectares, au sein d'un domaine qui comprenait aussi des jardins, des écuries et une mosquée. Après une longue allée, la visite mène au Petit Riad, où se trouvait la salle du conseil de Ba Ahmed, puis à la Petite Cour. Vient ensuite la Grande Cour, ou cour d'honneur, achevée en 1896-1897 : longue de 50 mètres et large de 30, elle est pavée de marbre de Carrare et entourée d'une galerie de bois aux couleurs vives, qui desservait quelque 80 pièces réservées au harem. À son extrémité, la salle d'honneur abrite l'un des plus beaux plafonds peints du palais ; elle constitue probablement le dernier grand agrandissement. Plus au nord, le Grand Riad, la partie la plus ancienne, reste planté d'arbres du XIXe siècle.

Le décor
La renommée de la Bahia tient avant tout à son décor : plafonds de cèdre peints de motifs floraux, stucs sculptés d'inscriptions, d'arabesques et de muqarnas, sols de marbre et de zellige. Ba Ahmed fit venir les matériaux de tout le pays : marbre de Meknès, cèdre du Moyen Atlas, carreaux de Tétouan. Il employa des artisans de toutes les régions du royaume. Ce décor constitue un véritable conservatoire de la peinture sur bois et de la zellige marocaines.

Après 1900
À la mort de Ba Ahmed en 1900, le palais devient propriété royale ; selon les récits, le sultan Abdelaziz le fait vider de ses objets précieux quelques heures seulement après le décès. En 1908, Madani El Glaoui s'y installe et ajoute un étage à certaines parties. En 1912, sous le protectorat, il devient la résidence du résident général Lyautey. Après l'indépendance, il sert de résidence royale au roi Mohammed V, avant d'être confié au ministère de la Culture sous Hassan II et ouvert aux visiteurs. Endommagé par le séisme de septembre 2023, qui a notamment provoqué l'effondrement d'une voûte du Grand Riad, il a rouvert dès le mois d'octobre suivant. C'est aujourd'hui l'un des sites patrimoniaux les plus fréquentés du Maroc : de janvier à avril 2019, il a accueilli plus de 410 000 visiteurs, davantage que tout autre monument du pays.

Juste au nord, le palais de Dar Si Saïd, construit à la même époque par Si Saïd, frère de Ba Ahmed, abrite aujourd'hui un musée. Avec le Mellah voisin, le palais El Badi et les Tombeaux saadiens, la Bahia forme l'un des grands circuits patrimoniaux du sud de la médina.
Le palais de la Bahia doit sa renommée à son décor de cèdre peint, de stuc sculpté et de zellige, pour lequel les matériaux ont été réunis de tout le pays. Pour préparer la visite, on peut consulter la fiche du palais de la Bahia.
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