Vue architecturale et détails des décors des Tombeaux Saadiens à Marrakech.
Vue architecturale et détails des décors des Tombeaux Saadiens à Marrakech — Photo : SoukMarrakech

Tombeaux Saadiens, la nécropole royale retrouvée

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture

Nécropole royale de la dynastie saadienne, adossée à la mosquée de la Kasbah, les Tombeaux saadiens abritent la sépulture d'Ahmed al-Mansour au cœur de la salle des Douze Colonnes — isolés sous Moulay Ismaïl, oubliés, puis restaurés à partir de 1917.

Adossés au mur sud de la mosquée de la Kasbah, au cœur de l'ancienne citadelle royale, les Tombeaux saadiens abritent les sépultures de la dynastie saadienne, qui régna sur le Maroc aux XVIe et XVIIe siècles. Pour de nombreux historiens de l'art, ils représentent le sommet de l'architecture marocaine de cette époque. Les textes arabes anciens les désignaient simplement comme les « tombeaux des chérifs ».

Le lieu servait de cimetière bien avant les Saadiens. Il s'étend derrière le mur de la mosquée de la Kasbah, élevée à la fin du XIIe siècle par le calife almohade Yacoub al-Mansour. Au XIVe siècle, le sultan mérinide Abou al-Hassan, mort en exil dans le Haut Atlas, y fut inhumé provisoirement avant d'être transféré à la nécropole de Chellah, près de Rabat ; son épitaphe de marbre est toujours visible dans la salle des Trois Niches.

La nécropole saadienne

La nécropole saadienne naît autour de la tombe de Mohammed ech-Cheikh, premier sultan saadien à régner sur un Maroc unifié, tué en 1557. Son fils Abdallah al-Ghalib (1557-1574) élève sur sa sépulture un premier mausolée carré, où il est lui-même enterré en 1574. Son frère Ahmed al-Mansour (1578-1603), le plus puissant et le plus riche des sultans saadiens, y fait inhumer leur mère, Lalla Messaouda, en 1591. Il agrandit alors l'édifice et en refait le décor : c'est le mausolée oriental, souvent appelé Qoubba de Lalla Messaouda, coiffé d'une voûte de muqarnas en stuc qui conserve des traces de peinture bleue et dorée.

Entre 1591 et 1598, al-Mansour abandonne ce chantier pour un nouveau bâtiment, à l'ouest, destiné à sa propre sépulture. Il comprend trois salles : la salle du Mihrab, conçue comme oratoire, la salle des Douze Colonnes et la salle des Trois Niches. La salle des Douze Colonnes est le joyau du site. Carrée, elle mesure 10 mètres de côté et s'élève à 12 mètres. Douze colonnes en marbre de Carrare, groupées par trois, y portent de petits arcs de muqarnas taillés dans le marbre lui-même, une prouesse rare. Les artisans ont rendu presque invisible la transition entre marbre et stuc. Au-dessus, les plafonds de cèdre peints de rouge et d'or culminent en une coupole étoilée qui rappelle celle de la salle des Ambassadeurs de l'Alhambra.

Les sépultures royales

Ahmed al-Mansour repose au centre de cette salle depuis 1603. À ses côtés se trouvent son fils Moulay Zidan, mort en 1627, et le sultan Mohammed ech-Cheikh es-Seghir, mort en 1655, ainsi que son épouse Lalla Aïcha et le sultan Abd al-Malik II. Leurs stèles de marbre, sculptées d'épitaphes sur fond d'arabesques, sont les plus grandes et les plus fines de la nécropole. Dans la salle du Mihrab, une partie du décor est restée inachevée : les motifs sont tracés mais jamais sculptés, sans doute parce que le sultan est mort avant la fin des travaux.

Salle des douze colonnes des tombeaux saadiens : colonnes de marbre, tombes au sol, murs de stuc et de zellige.
Salle aux colonnes de marbre, aux tombes alignées sur un sol de zellige, sous un plafond de bois. Photo : SoukMarrakech.

Le décor

Le décor s'inscrit dans la tradition andalouse et mérinide, avec une nette influence de la Grenade nasride : le plan de la salle des Douze Colonnes reprend celui de la nécropole royale de l'Alhambra, et il sera lui-même repris plus tard dans le mausolée de Moulay Ismaïl à Meknès.

Du XVIIe siècle à nos jours

Après la chute des Saadiens, le sultan alaouite Moulay Ismaïl (1672-1727), qui dépouilla les palais saadiens, ne détruit pas la nécropole mais en restreint l'accès en l'isolant des bâtiments voisins. Les Alaouites continuent pourtant d'y enterrer des membres de leur famille jusqu'à la fin du XVIIIe siècle : la salle du Mihrab en est entièrement couverte. Peu à peu coupé des rues alentour, le site tombe dans l'oubli. En 1917, le Service des Beaux-Arts, Antiquités et Monuments historiques, créé sous le protectorat, le « redécouvre » dans un état très dégradé, le restaure avec soin et l'ouvre au public pour la première fois. On y compte aujourd'hui 56 tombes ornées de stèles de marbre et une centaine d'autres simplement couvertes de zellige. Touchée par le séisme de septembre 2023, la nécropole a rouvert dès le mois d'octobre suivant.

Avant-cour d'un mausolée : murs de brique, toit de tuiles vertes et entrée à colonnettes blanches.
Tombeaux saadiens, avant-cour, 1925. Diapositive colorisée à la main par Margrit Wehrli-Frey. Photo : Leo Wehrli, ETH-Bibliothek, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

À quelques pas se dressent les ruines du palais El Badi, bâti par le même Ahmed al-Mansour puis dépouillé par Moulay Ismaïl. Avec le palais de la Bahia et le Mellah, plus au nord-est, les Tombeaux saadiens complètent la découverte de la Kasbah et du sud de la médina.

Les Tombeaux saadiens, nécropole née autour de la tombe de Mohammed ech-Cheikh, ont été isolés puis oubliés avant d'être restaurés et ouverts au public. Pour préparer la visite, on peut consulter la fiche des Tombeaux saadiens.

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