Fontaine Chrob ou Chouf, « bois et regarde »

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Fontaine murale d'époque saadienne voisine de la medersa Ben Youssef, Chrob ou Chouf — « bois et regarde » — séduit par son auvent de bois sculpté d'arabesques et de muqarnas, dont le linteau porte un verset à la louange de Dieu.

Dans une ruelle du nord de la médina, à deux pas de la medersa Ben Youssef, une petite fontaine murale arrête le regard des passants. Son nom résume à lui seul sa raison d'être : « Chrob ou Chouf », en arabe marocain, signifie « bois et regarde ». La fontaine ne sert pas seulement à se désaltérer, elle mérite aussi qu'on prenne le temps de l'admirer.

Une fontaine saadienne

Elle date de l'époque saadienne, quand Marrakech était la capitale de la dynastie. Selon l'historien de l'art Xavier Salmon, spécialiste de l'architecture saadienne, elle fut construite sous le règne du sultan Ahmed al-Mansour (1578-1603), le bâtisseur du palais El Badi, tout près de la mosquée Ben Youssef que les Saadiens avaient restaurée et dotée d'une medersa.

Chrob ou Chouf appartient à une tradition très ancienne. Les fontaines publiques, comme les bains, faisaient partie des équipements essentiels des villes du monde islamique, où offrir de l'eau aux passants est considéré comme un acte de charité de premier ordre. À Marrakech, cette tradition remonte au moins aux Almoravides : à côté de la Qoubba almoravide, le plus ancien monument de la ville, subsistent les vestiges d'une fontaine à trois arcades dont la forme annonce déjà les fontaines murales plus tardives. Sous les Saadiens, ces fontaines prennent un caractère beaucoup plus monumental. Chrob ou Chouf compte, avec celles de la mosquée Mouassine et de la mosquée de Bab Doukkala, parmi les plus remarquables de la médina.

La structure

La structure est simple : une grande niche, ou loggia, abrite l'accès à l'eau. D'anciennes photographies montrent qu'elle était autrefois plus profonde. Un bassin occupait le pied du mur du fond, et une barre de bois placée en travers de l'entrée empêchait ânes et chevaux de boire la même eau que les habitants. À une date récente, le fond de la niche semble avoir été avancé, si bien qu'elle paraît aujourd'hui moins profonde et que le bassin a disparu.

Le décor

Toute la beauté de la fontaine se concentre dans sa partie haute. La base, au niveau de la rue, est nue. Au-dessus s'avance un auvent de bois finement sculpté dans le style marocain et andalou : arabesques, muqarnas en nid d'abeille, et, dans les écoinçons de l'arc, un motif en amande qui pourrait trahir une influence ottomane. Le linteau porte deux cartouches calligraphiés d'un verset à la louange de Dieu, que l'on peut traduire à peu près par : « Les plus belles paroles prononcées : louange à Dieu en toutes circonstances. » L'ensemble se termine par un large parapet avançant au-dessus de la rue, couvert de tuiles vertes vernissées.

Ce décor a des proches parents. Le même verset orne les linteaux des fontaines de la mosquée Mouassine et de Bab Doukkala, édifiées à la même époque. La forme de l'auvent rappelle aussi les auvents de bois sculpté des Tombeaux saadiens, et ceux des pavillons saadiens qui ornent la cour de la mosquée Qaraouiyine, à Fès.

Contrairement à bien d'autres, la fontaine est toujours utilisée, et il n'est pas rare de voir un passant s'y arrêter pour boire. Elle se découvre librement en flânant entre la medersa, la Qoubba almoravide et le Musée de Marrakech, dans ce quartier qui fut le cœur intellectuel de la médina.

La fontaine Chrob ou Chouf concentre toute sa beauté dans sa partie haute, avec son auvent de bois sculpté et son linteau calligraphié, et elle est toujours utilisée. La fiche de la fontaine Chrob ou Chouf permet de situer le lieu avant d'y aller.

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