Vue extérieure de la Kouba Almoravide à Marrakech, mettant en valeur son architecture historique et ses motifs décoratifs crénelés.
Vue extérieure de la Kouba Almoravide à Marrakech, mettant en valeur son architecture historique et ses motifs décoratifs crénelé — Photo : SoukMarrakech

Qoubba almoravide, le plus ancien monument de Marrakech

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Seul exemple d'architecture almoravide conservé à Marrakech, la Qoubba est le pavillon d'ablutions de la grande mosquée d'Ali ben Youssef, élevé vers 1125, enfoui pendant des siècles et redécouvert à la fin des années 1940.

Dissimulée en contrebas de la rue, à une quarantaine de mètres au sud de la mosquée Ben Youssef, la Qoubba almoravide est le seul exemple d'architecture almoravide conservé à Marrakech. Ce petit pavillon à coupole est l'un des derniers témoins de la dynastie qui fonda la ville en 1070. On l'appelle aussi Qoubbat al-Baadiyyin ou Qoubbat al-Baroudiyyin.

La qoubba almoravide au milieu du site de fouilles, en contrebas du niveau de la rue.
La qoubba, coiffée de sa coupole, au milieu du site de fouilles. Photo : SoukMarrakech.

Date et fonction

Une inscription court à l'intérieur du pavillon. Aujourd'hui très abîmée, elle rapporte sa fondation, cite le nom du sultan Ali ben Youssef et donne la date de construction : un mercredi 30 du mois de rabi' al-awwal. Malheureusement, l'année est illisible. Plusieurs dates sont donc possibles, et les historiens retiennent surtout le 1er août 1117 ou, plus probablement, le 6 mai 1125.

Les spécialistes s'accordent à y voir le pavillon d'ablutions de la grande mosquée construite par Ali ben Youssef, alors principale mosquée de la ville. La mosquée Ben Youssef actuelle a depuis été entièrement reconstruite. Ce type d'installation destinée aux ablutions, appelé mida'a, se retrouve dans des mosquées plus tardives de Marrakech. Tout autour du pavillon, les fouilles ont dégagé une série de latrines individuelles, peut-être ajoutées plus tard. À côté se dressait aussi une fontaine monumentale d'environ 14,5 mètres sur 4,5, ouverte sur la rue par trois arcades, chacune abritant un bassin et un abreuvoir. Sa forme annonce celle des grandes fontaines murales de la ville, comme la fontaine de la mosquée Mouassine ou la fontaine Chrob ou Chouf. L'eau arrivait par des tuyaux de bronze depuis une citerne voûtée, toujours visible derrière ces structures, elle-même probablement alimentée par les khettaras, les galeries souterraines qui acheminaient l'eau vers la ville.

L'enfouissement et la redécouverte

Avec les siècles, la Qoubba disparut de la vue. Le niveau du sol s'éleva et de nouvelles constructions l'entourèrent, jusqu'à ce que plus de la moitié de l'édifice se retrouve enfouie sous sept à huit mètres de remblais. Son existence fut signalée par des savants français en 1947, et l'historien de l'architecture Boris Maslow publia des notes à son sujet en 1948. Des fouilles plus poussées furent ensuite menées sous la direction d'Henri Terrasse et de Jacques Meunié. Les chercheurs choisirent de ne pas la reconstruire et de la laisser telle qu'ils l'avaient trouvée.

L'édifice et son décor

La coupole couvre un bâtiment rectangulaire de 7,35 mètres sur 5,45, qui abrite un bassin entouré d'une fine rigole d'évacuation. L'ensemble s'élève à 12 mètres. Il est construit en pierre et en brique, avec du bois de cèdre. L'intérieur est d'une richesse étonnante pour un édifice aussi modeste : motifs floraux et végétaux sculptés (pommes de pin, palmes, feuilles d'acanthe), palmettes en forme de coquille et calligraphie. La coupole a été rapprochée de celles de la Grande Mosquée de Cordoue et de la mosquée de Bab al-Mardum à Tolède. Dans les angles, quatre petites coupoles sont sculptées de muqarnas, parmi les plus anciennes du Maroc. Pour l'historien Yasser Tabbaa, cette association de modèles andalous et de motifs venus de l'Orient abbasside traduit un choix délibéré du sultan, qui affirmait ainsi l'héritage commun de sa dynastie avec ces grands califats.

On retrouve ces motifs de pommes de pin, de palmes et d'acanthe, quatre siècles plus tard, dans le décor de la medersa Ben Youssef voisine. Avec la mosquée, la medersa et le Musée de Marrakech, la Qoubba forme le cœur du plus ancien quartier de la ville.

La Qoubba almoravide, pavillon d'ablutions longtemps enfoui sous les remblais, montre un décor d'une richesse étonnante pour un édifice aussi modeste. Pour préparer la visite, on peut consulter la fiche de la Qoubba almoravide.

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