Hautes murailles de pisé du palais El Badi, derrière des orangers, dans la Kasbah de Marrakech.
Hautes murailles de pisé du palais El Badi, derrière des orangers, dans la Kasbah de Marrakech — Photo : SoukMarrakech

La Kasbah et le Mellah, quartiers du pouvoir et de la mémoire

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture

Cité royale fondée par les Almohades à la fin du XIIe siècle et embellie par les Saadiens, la Kasbah voisine avec le Mellah, quartier juif créé en 1558 : de Bab Agnaou au cimetière de Miâara, deux faces de l'histoire de Marrakech.

Au sud de la médina, deux quartiers voisins racontent deux faces de l'histoire de Marrakech : la Kasbah, cité du pouvoir, où les souverains vécurent pendant des siècles, et le Mellah, où la communauté juive de la ville s'installa au XVIe siècle.

La Kasbah almohade

La Kasbah naît à la fin du XIIe siècle. Le projet d'une nouvelle cité royale, adossée au sud de la ville, est lancé par le calife almohade Abou Yacoub Youssef, mais c'est son fils Yacoub al-Mansour qui la réalise, entre 1185 et 1190 environ. Ses successeurs y ajoutent palais sur palais, jusqu'à une douzaine à la fin de l'époque almohade. De cette période subsistent deux monuments majeurs : la mosquée de la Kasbah, mosquée du vendredi du calife et de sa cour, dont le minaret a fortement influencé l'architecture marocaine, et Bab Agnaou, la porte monumentale qui servait d'entrée principale. Celle-ci portait aussi les noms de Bab al-Qasr, « porte du Palais », et de Bab al-Kohl. Son nom berbère, comme celui des Gnaouas, renvoie aux populations venues d'Afrique subsaharienne. Sa façade de grès est encadrée d'une inscription coranique en coufique fleuri.

Minaret de la mosquée de la Kasbah à Marrakech sous un ciel d'orage.
Minaret de la mosquée de la Kasbah sous un ciel d'orage. Photo : SoukMarrakech.

La Kasbah saadienne

Les Saadiens donnent à la Kasbah une nouvelle splendeur au XVIe siècle. Le sultan Abdallah al-Ghalib y fait construire un nouveau palais et restaure la mosquée de la Kasbah, endommagée par l'explosion d'une réserve de poudre voisine. Son frère Ahmed al-Mansour élève le somptueux palais El Badi, tandis que la nécropole dynastique, les Tombeaux saadiens, s'adosse au mur de la mosquée. Le grand méchouar, une vaste place cérémonielle, précède alors l'entrée des palais. Plus au sud, al-Mansour fait restaurer les jardins de l'Agdal, créés par les Almohades : un verger de 340 hectares ceint de murs de pisé, irrigué par de grands bassins et planté d'oliviers et d'orangers. La partie orientale de la Kasbah est aujourd'hui occupée par le Palais royal, ou Dar el-Makhzen, dont l'essentiel date du XVIIIe siècle et qui ne se visite pas.

Le Mellah

Le Mellah voit le jour en 1558, lorsque Abdallah al-Ghalib transfère la communauté juive de la ville, jusque-là concentrée notamment dans le quartier de Mouassine, vers un nouveau quartier, à l'emplacement des anciennes écuries du sultan, sur le flanc est de la Kasbah. La communauté compte alors une grande partie des banquiers, bijoutiers, métallurgistes, tailleurs et négociants en sucre de la ville. Le quartier possède ses propres fontaines, ses jardins, ses synagogues et ses souks. Jusqu'en 1912, les Juifs ne peuvent posséder de biens hors du Mellah. Le quartier ne peut donc grandir qu'en hauteur, d'où ses ruelles étroites, ses petites boutiques et ses maisons plus élevées qu'ailleurs dans la médina.

Terrasses et murs blancs d'un quartier, avec un minaret et des palmiers à l'horizon.
Un coin du Mellah, décembre 1912. Photo : Stéphane Passet, musée Albert-Kahn (Département des Hauts-de-Seine), CC0, via Wikimedia Commons.

Aujourd'hui, le Mellah est un quartier surtout résidentiel, très majoritairement musulman, plus petit qu'à l'origine. Il conserve plusieurs témoins de son passé. La synagogue Slat al-Azama s'organise autour d'une cour et possède une galerie haute réservée aux femmes, ce qui est rare au Maroc. Le cimetière de Miâara, aux tombes blanchies à la chaux, est le plus grand cimetière juif du pays.

Marchands assis devant des caisses d'œufs dans une ruelle couverte de roseaux.
Marché aux œufs du Mellah, 1925. Diapositive colorisée à la main par Margrit Wehrli-Frey. Photo : Leo Wehrli, ETH-Bibliothek, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La place des Ferblantiers

Entre la médina et la Kasbah, la place des Ferblantiers, longtemps occupée par les artisans du métal, sert de charnière entre les deux quartiers. De là, on rejoint le Mellah, les ruines d'El Badi et, un peu plus au nord, le palais de la Bahia, demeure des grands vizirs du XIXe siècle.

Quartier du pouvoir et de la mémoire, la Kasbah et le Mellah offrent une atmosphère plus calme et plus monumentale que les souks du nord de la médina. On y lit, rue après rue, huit siècles d'histoire de la ville.

La Kasbah et le Mellah racontent deux faces de l'histoire de Marrakech, dans une atmosphère plus calme que celle des souks du nord. On poursuit avec la page Kasbah / Mellah.

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