
Zaouia de Sidi Bel Abbès, le saint patron des démunis
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture
Né à Ceuta en 1129, mort à Marrakech en 1204, Sidi Bel Abbès, apôtre de la charité, est le plus vénéré des Sept Saints de la ville ; sa zaouïa, fondée vers 1605 et agrandie par les Alaouites, abrite encore un hospice pour aveugles.
Au nord de la médina, juste au-delà de l'ancienne porte de Bab Taghzout, la zaouïa de Sidi Bel Abbès abrite le tombeau du plus vénéré des Sept Saints de Marrakech, généralement considéré comme le saint patron de la ville. Autour de ce tombeau s'est formé l'un des plus vastes complexes religieux de la médina.
Sidi Bel Abbès
Ahmed ibn Jaafar al-Khazraji, dit Abou al-Abbas as-Sabti et connu de tous sous le nom de Sidi Bel Abbès, naît à Ceuta en 1129 ou 1130. Il étudie auprès d'Abou Abd Allah al-Fakhkhar, lui-même disciple de Cadi Ayyad, un autre des Sept Saints. En 1146, il arrive à Marrakech durant les dernières semaines du siège de la ville par les Almohades, et s'y installe après sa prise, vivant surtout sur la colline du Guéliz. Son enseignement est simple : il place la charité, l'aumône légale comme l'aumône volontaire, au cœur de la foi, et exhorte les riches à donner aux pauvres. Sa générosité lui vaut une immense popularité.
À sa mort, en 1204, il est inhumé dans une tombe anonyme d'un cimetière proche de Bab Taghzout, alors porte nord de la ville. Sa réputation ne cesse de grandir : on lui attribue des miracles, il devient le grand saint patron de Marrakech et, plus particulièrement, le patron du commerce. On dit que sa baraka, sa bénédiction, guérit les malades et vient surtout en aide aux aveugles, une réputation restée vivante jusqu'à nos jours.
Le complexe au fil des siècles
Un mausolée s'élève sur sa tombe au moins dès le XIVe siècle. Le complexe actuel est fondé vers 1605 par le sultan saadien Abou Farès Abdallah (1603-1608), qui fait bâtir la mosquée et son minaret, une medersa et une bibliothèque. Atteint d'une grave épilepsie, que l'on attribuait alors aux djinns, il espérait obtenir sa guérison par la bénédiction du saint. La zaouïa, d'abord située hors des remparts, attire tant d'habitants qu'un quartier entier se forme autour d'elle. À la fin du XVIIe siècle, Sidi Bel Abbès est inscrit parmi les Sept Saints du pèlerinage institué par Moulay Ismaïl, qui fait reconstruire la chambre funéraire en 1720. Au XVIIIe siècle, Mohammed ben Abdallah repousse les remparts pour englober le quartier, restaure le mausolée et la mosquée en 1756 et rebâtit la medersa. Au XIXe siècle s'ajoutent, en 1850, une longue rue marchande menant à l'entrée sud, consacrée à la passementerie, puis, en 1870, une grande fontaine. Le complexe est encore rénové en 1988 sur ordre du roi Hassan II.
L'organisation du complexe
L'ensemble s'organise autour de deux grandes cours reliées entre elles. Dans la cour principale, au sud-est, des rangées de petites pièces à arcades encadrent l'espace. La mosquée la borde à l'ouest et le mausolée au nord, et une haute fontaine murale du XIXe siècle fait face à l'entrée du mausolée. La seconde cour, au nord-ouest, est entourée d'autres bâtiments de la zaouïa : un abattoir destiné à fournir de la nourriture, des habitations, des latrines et un hospice pour les aveugles. Plus loin se trouvent la medersa et un hammam.

La mosquée est la seule partie du complexe qui remonte encore pour l'essentiel à l'époque saadienne. Son plan et son décor sont presque identiques à ceux de la mosquée Mouassine, en plus petit. Elle mesure 38 mètres sur 30, sa salle de prière compte sept nefs, et son mihrab est entouré de stucs sculptés et d'inscriptions tirées de la sourate an-Nour, sous une coupole de muqarnas. Son minaret a marqué l'architecture marocaine : au lieu des réseaux de losanges traditionnels, il superpose des registres d'arcs aveugles qui encadrent ses fenêtres. La chambre funéraire, reconstruite par Moulay Ismaïl, est une salle carrée couverte d'un toit pyramidal de tuiles vertes. À l'intérieur, une coupole de bois peint, des murs de zellige et de stuc sculpté et des vitraux l'ornent. On y accède par un portail monumental puis par une petite cour à fontaine.
L'intérieur de la zaouïa est réservé aux musulmans. Elle reste le cœur du quartier de Bab Taghzout, à quelques pas de la porte de Bab Taghzout et de la zaouïa de Sidi Ben Slimane al-Jazouli. Pour aller plus loin sur l'héritage de générosité du saint, on peut lire l'article Sidi Bel Abbès et l'Abbassiya.
La zaouïa de Sidi Bel Abbès s'est bâtie autour du tombeau d'un saint qui plaçait la charité au cœur de son enseignement, et un quartier entier s'est formé autour d'elle. Pour aller plus loin, la fiche de la zaouïa de Sidi Bel Abbès rassemble l'essentiel sur le lieu.
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