
Jardins de l'Agdal, la prouesse hydraulique almohade
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · Mis à jour le · 3 min de lecture
Créé par les Almohades au XIIe siècle et inscrit au patrimoine mondial avec la médina, l'Agdal est un immense domaine royal de vergers et de bassins irrigués par les khettaras, restauré par les Saadiens et agrandi par les Alaouites.
Au sud de la Kasbah s'étend l'un des paysages historiques les plus remarquables du monde islamique : l'Agdal, un immense domaine de vergers, de bassins et de pavillons qui traverse les siècles depuis le XIIe siècle. Toujours domaine royal, il a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985, avec la médina et les jardins de la Ménara.
La création de l'Agdal
Son nom, d'origine berbère, désigne un verger ou un pâturage clos. Les sources anciennes l'appellent aussi al-Buhayra. Sa création est traditionnellement attribuée au calife almohade Abd al-Moumen, vers 1157, à l'époque où il fonde aussi la Ménara. Les recherches récentes, menées par les archéologues espagnols Julio Navarro, Fidel Garrido et Íñigo Almela, le datent plutôt du règne de son successeur, Abou Yacoub Youssef (1163-1184). Le grand bassin, aujourd'hui appelé bassin de Dar al-Hana, remonterait à cette création d'origine. Les Almohades conçoivent alors l'Agdal en même temps que leur nouvelle cité royale, la Kasbah, mais l'entourent de ses propres murs.
L'Agdal est d'abord un espace agricole. Sa grande majorité est occupée par des vergers productifs, plantés d'oliviers, d'orangers et d'autres arbres fruitiers. Le domaine s'étend sur plusieurs centaines d'hectares : 340 selon certaines études, près de 500 selon d'autres. Son fonctionnement repose sur une ingénierie remarquable. L'eau, captée au pied de l'Atlas, est acheminée par le réseau régional des khettaras, ces galeries souterraines qui alimentent de grands réservoirs à ciel ouvert. Les fouilles et relevés menés sur le site ont recensé plus de quarante bâtiments : jardins d'agrément, bassins, moulins et résidences saisonnières.
Après les Almohades
Après la chute des Almohades, l'Agdal tombe en déshérence. Il retrouve sa splendeur au XVIe siècle, lorsque les Saadiens font de Marrakech leur capitale. Le sultan Ahmed al-Mansour le restaure et le replante. C'est aussi dans les sources de l'époque saadienne que l'on trouve pour la première fois la description du pavillon de Dar al-Hana, élevé au bord du grand bassin, face à l'Atlas.
Les Alaouites poursuivent l'œuvre. Au XVIIIe siècle, le sultan Mohammed ben Abdallah agrandit l'Agdal vers le nord, jusqu'à relier ses murs à ceux de la Kasbah. En 1862, le mur occidental, détruit lors d'une attaque de la tribu des Rehamna, est reconstruit sous Mohammed IV, qui y ajoute un fort pour défendre cette partie des remparts. Entre-temps, le sultan Moulay Abd al-Rahman a fait bâtir, entre 1828 et 1844, le palais de Dar al-Bayda, « la maison blanche », un vaste ensemble de 120 mètres sur 142. Rénové par son successeur, il sert toujours de résidence à la famille royale.

Un domaine royal
Ce statut de domaine royal explique les conditions de visite. L'Agdal n'ouvre au public que quelques heures, généralement le vendredi et le dimanche, et reste fermé lorsque la famille royale séjourne à Dar al-Bayda. On y vient moins pour des monuments que pour l'ampleur du lieu : de longues allées d'oliviers, des bassins immenses et, par temps clair, la ligne enneigée de l'Atlas au-delà du grand bassin.
Les jardins prolongent naturellement la visite de la Kasbah voisine, de Bab Agnaou aux Tombeaux saadiens et au palais El Badi, dont ils formaient le prolongement vert et nourricier.
L'Agdal, verger royal aux grands bassins, n'ouvre au public que quelques heures, et l'on y vient moins pour des monuments que pour l'ampleur du lieu. La fiche des jardins de l'Agdal permet de situer le lieu avant d'y aller.
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