Le pavillon de la Ménara et son toit de tuiles vertes, entouré de palmiers et reflété dans le grand bassin
Le pavillon de la Ménara au bord du grand bassin. Photo : MoroccoMuseum.com — Photo : SoukMarrakech

Les jardins de la Ménara, l'eau des Almohades

Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 3 min de lecture

Créés vers 1157 sous le calife almohade Abd al-Mu'min, les jardins de la Ménara étaient d'abord un domaine agricole irrigué par des galeries souterraines. Leur pavillon au bord du grand bassin est devenu l'une des images de Marrakech.

À l'ouest de la médina, les jardins de la Ménara sont l'une des images les plus connues de Marrakech : un pavillon au toit de tuiles vertes, reflété dans un immense bassin, avec les sommets du Haut Atlas à l'horizon. C'est d'ailleurs ce paysage qui orne le pied de chaque page de SoukMarrakech. Mais avant d'être un lieu de promenade, la Ménara fut une exploitation agricole et une prouesse d'ingénierie.

Un domaine voulu par les Almohades

L'histoire commence au XIIᵉ siècle. Les Almohades, arrivés à Marrakech en 1147, lancent de grands chantiers qui marquent encore la ville : la Koutoubia, les jardins de l'Agdal et la Ménara. Selon les chroniqueurs, c'est vers 1157, sous le calife Abd al-Mu'min, qu'un grand verger clos est aménagé à l'ouest de la ville.

Le but n'est pas d'abord le plaisir des yeux. Il s'agit de produire des olives et des fruits dans un climat semi-aride, et de montrer au passage la maîtrise technique du pouvoir almohade. Pour en savoir plus sur cette dynastie, lisez Comment les Almoravides et les Almohades ont façonné Marrakech.

Un bassin et des rivières souterraines

Au centre du domaine, un grand bassin d'environ 195 mètres sur 160 sert de réservoir. Il stocke l'eau puis la redistribue vers les parcelles, selon les saisons et les besoins des cultures.

Cette eau vient du Haut Atlas, à plusieurs kilomètres. Elle arrive par des khettaras, des galeries souterraines qui captent l'eau des contreforts de la montagne et la font descendre par gravité, sur une pente très faible. Sous terre, elle échappe à l'évaporation des étés brûlants. Dans la plaine du Haouz, on aperçoit encore par endroits les alignements de petits puits qui marquent le tracé de ces galeries.

Autour du bassin, les oliveraies qui couvrent encore plusieurs dizaines d'hectares sont les héritières de ce domaine agricole. L'huile d'olive servait alors à la cuisine, à l'éclairage, aux soins et au commerce.

Le pavillon, reconstruit au fil des siècles

Le pavillon que l'on admire aujourd'hui n'est pas celui des Almohades. Un premier bâtiment servait sans doute à surveiller les cultures et l'irrigation. Au fil des siècles, le domaine devient aussi un lieu de promenade et de réception pour les souverains, et le pavillon est plusieurs fois transformé.

L'édifice actuel est généralement attribué à une reconstruction du XIXᵉ siècle, sous le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abderrahmane (1859-1873), puis restauré par ses successeurs. Les historiens discutent encore du détail des campagnes de travaux.

Son emplacement n'a rien d'un hasard. Dans les jardins du monde islamique, l'eau symbolise la vie et l'harmonie. Quand le vent tombe, le pavillon se reflète dans le bassin presque parfaitement, et par temps clair les sommets enneigés de l'Atlas s'y ajoutent.

Entre histoire et légendes

Depuis le XIXᵉ siècle, voyageurs, peintres et photographes européens ont fait de la Ménara un emblème de la ville. Les Marrakchis, eux, lui ont prêté bien des récits : un trésor caché sous le bassin, des rencontres secrètes au coucher du soleil. Aucun texte historique ne confirme ces histoires, mais elles font partie de la mémoire de la ville.

Aujourd'hui encore, les familles viennent s'y promener le week-end, pique-niquer sous les oliviers ou regarder le soleil se coucher sur l'Atlas.

Conseils pour la visite

  • Quand venir : en fin d'après-midi pour la lumière, ou en hiver, quand l'Atlas est enneigé.

  • Pour le reflet : attendez un moment sans vent, quand l'eau du bassin devient un miroir.

  • Accès : les jardins sont à l'ouest de la médina, à quelques minutes en taxi depuis le centre. Renseignez-vous sur place sur les horaires et sur l'accès à l'intérieur du pavillon.

Cet article adapte un texte publié sur MoroccoMuseum.com, édité comme SoukMarrakech.com par Keshlinks Ventures Ltd.

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