
Le Mellah, la mémoire juive de Marrakech
Par l’équipe SoukMarrakech · Publié le · 4 min de lecture
Fondé au XVIe siècle sous le sultan saadien Abdallah al-Ghalib, près de la Kasbah royale, le Mellah fut le quartier juif de Marrakech. Ses balcons, sa synagogue Lazama et ses boutiques gardent la trace d'une communauté d'artisans et de commerçants.
Au sud de la médina, à quelques minutes du palais El Badi et de la place des Ferblantiers, le Mellah est l'ancien quartier juif de Marrakech. On le traverse souvent entre deux monuments. Il mérite pourtant qu'on s'y attarde : ses façades, sa synagogue et ses boutiques racontent plusieurs siècles d'artisanat et de commerce.
Un quartier né au temps des Saadiens
Le Mellah est créé au XVIᵉ siècle, sous le sultan saadien Abdallah al-Ghalib. La date de 1558 est traditionnellement retenue, même si l'installation du quartier s'est sans doute faite sur plusieurs années. Auparavant, une partie de la communauté vivait dans le secteur de Mouassine, où le même sultan fit bâtir la mosquée Mouassine.
Le nouveau quartier est installé tout contre la Kasbah royale, au cœur du pouvoir. Pour comprendre ce voisinage, lisez La Kasbah et le Mellah, quartiers du pouvoir et de la mémoire. Le mot mellah désigne les quartiers juifs de plusieurs villes marocaines ; le premier fut établi à Fès au XVᵉ siècle.
Une histoire bien plus ancienne que le quartier
La présence juive au Maroc remonte à plus de deux mille ans, bien avant l'arrivée de l'islam. Aux communautés installées de longue date se sont ajoutées, après l'expulsion d'Espagne en 1492, de nombreuses familles séfarades. Leurs traditions se sont mêlées ou ont coexisté, et cette double histoire se lit encore à Marrakech.
La synagogue Salat al-Azama
Derrière une porte discrète, la synagogue Salat al-Azama, aussi appelée Lazama, s'organise autour d'une cour intérieure, comme une maison de la médina. Certaines traditions font remonter sa fondation à la fin du XVᵉ siècle, mais le bâtiment visible aujourd'hui est plus récent que la communauté qui le fréquente. Une partie du lieu présente des photographies, des objets et des documents sur l'histoire juive du Maroc.
La synagogue reste un lieu de culte : on y entre avec respect et discrétion, et ses horaires peuvent changer lors des fêtes religieuses.
Balcons, artisans et boutiques
Levez les yeux. Dans la médina, la plupart des maisons tournent le dos à la rue et s'ouvrent sur un patio. Dans certaines rues du Mellah, au contraire, les balcons, les galeries en bois et les fenêtres donnent sur la rue, et les maisons montent plus haut, faute de place.
Pendant des siècles, le Mellah fut aussi un quartier d'artisans et de commerçants. Les familles juives de Marrakech étaient très présentes dans le commerce, la bijouterie, le travail des métaux et le textile. On trouve encore dans ses rues des épices, des bijoux, des objets en cuivre et en laiton, parfois des menorahs, et de nombreuses khamsa, ces mains ouvertes qui protègent du mauvais œil. Appelée main de Miriam dans les traditions juives d'Afrique du Nord et main de Fatima dans les traditions musulmanes populaires, la khamsa montre comment les symboles ont circulé entre les communautés.
Le cimetière de Miâara
Tout près du quartier, le cimetière juif de Miâara est l'un des grands lieux de mémoire de la ville. Des générations de familles et de rabbins y reposent, sous de nombreuses tombes claires étendues en plein air. C'est avant tout un cimetière : on le visite en silence.
Un quartier qui a changé
Au XXᵉ siècle, et surtout à partir des années 1950, la plupart des familles juives de Marrakech sont parties, notamment vers Israël, la France et le Canada. Les maisons ont changé de mains et la population du Mellah n'est plus la même. Le quartier a depuis fait l'objet de travaux de réhabilitation, qui ont aussi mis en valeur sa mémoire.
Conseils pour la visite
Itinéraire : combinez le Mellah avec le palais El Badi, la place des Ferblantiers et le palais de la Bahia, tous à quelques minutes à pied.
Synagogue : l'entrée est payante ; vérifiez les horaires avant de venir, ils varient selon le calendrier religieux.
Le bon rythme : prenez le temps de flâner. Le Mellah se découvre dans ses détails : une porte ancienne, un balcon, une étoile gravée.
Cet article adapte un texte publié sur MoroccoMuseum.com, édité comme SoukMarrakech.com par Keshlinks Ventures Ltd.
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